Naissance du métier

Un fil ininterrompu

Les Agences de presse, une naissance française

C’est dans les années 1830 qu’apparaissent les premières agences de nouvelles,  qui rapidement parviendront à une entente. Tout part de France. Et plus précisément du bureau de Charles-Louis Havas, qui en 1835 crée l’Agence Havas. Un mouvement est lancé. Dès 1837, il sera porté par le télégraphe électromagnétique, inventé aux Etats-Unis par Samuel Morse.

Salle télégraphique des appareils Baudot à l'agence Havas. Paris IIème arr., 13, place de la Bourse, 1935.

Charles-Louis Havas sera donc, le premier à comprendre la nécessité de fournir à la presse un service quotidien d’informations, et  de rédiger un journal pour les journaux. « Le public peut croire qu’il y a plusieurs journaux, mais il n’y a en définitive, qu’un seul journal… ». Dans la  Revue parisienne du 25 août 1840, Honoré de Balzac  lui-même définissait en ces termes l’Agence Havas. A cette époque, elle exerce un quasi-monopole. En quelques années pourtant, de nouvelles agences vont se créer dans les pays les plus puissants.

Mise en place d'une dépêche sur la queue d'un pigeon voyageur. RV-641537Aux Etats-Unis en 1848, six journaux new-yorkais – le Herald, le Sun, L’Express, Le Courrier, le Journal of Commerce et le New York Times – créent la New York Associated Press. Cette coopérative leur permettra de couvrir l’actualité au-delà de leur zone de diffusion, et ne tardera pas à s’attirer une clientèle extérieure. Si l’objectif est atteint sur la côte Est des Etats-Unis, il en ira autrement dans les états du  Midwest. Ainsi  d’autres Associated Press  naîtront-elles,  sur le même principe coopératif et sans but lucratif que leur aînée.

Fin 1849 en Allemagne, Bernhard Wolff fonde le Wolffs Bureau.  Il y est associé avec un cousin ingénieur électricien, Werner von Siemens. Cette première agence de presse allemande prendra plusieurs noms successivement : « Bureau Télégraphique Wolff », puis Agence Continentale. Toujours en 1849, et après avoir passé quelques années au côté de Charles-Louis Havas, Paul Julius Reuter crée l’Institut télégraphique, basé  en Allemagne à Aix la-Chapelle.  Il fait parvenir des informations financières à Bruxelles et Anvers. En 1851, il s’installe dans la City de Londres et fonde un Telegraphic Office.  Ce sont les débuts de l’Agence Reuters, aujourd’hui la plus grande agence d’informations financières au monde.

Salle de répartition des cablogrammes télégraphiques et téléphoniques souterrains. Agence Havas, 13 place de la Bourse. Paris (IIème arr.), 1935.

Le début du XXè siècle voit la création en 1904, de l’Agence télégraphique de Saint-Petersbourg. Cette dernière changea plusieurs fois de nom, en fonction des changements politiques. Elle est en réalité l’ancêtre de la Telegraph Agency of the Soviet Union (TASS) placée sous le contrôle administratif du gouvernement et créée en 1925. Aux Etats-Unis en 1907, une nouvelle agence de presse est créée. C’est United Press, qui  recrute ses premiers clients parmi les journaux de l’Etat de New York dont Associated Press ne veut pas.

En France, deux lois instaurent en 1940 la séparation entre la branche « annonces » qui conserve le nom d’Havas, et la branche « information », qui devient propriété de l’Etat et prend le nom d’Office français d’Information (OFI). La première dépêche de la France libérée est émise le 20 août 1944. Et l’OFI devient l’Agence France-Presse (AFP).

L’AFP prend ainsi la forme d’un établissement public administratif. Enfin après la seconde guerre mondiale, Associated Press et sa concurrente United Press,  dominent le monde. Les décennies suivantes verront apparaître de  nombreuses agences spécialisées. Photo, audiovisuel, informations boursières, culture, santé, sport, agriculture, loisirs… La France qui a mis en place une législation particulièrement contraignante  régissant les agences de presse, en compte aujourd’hui près de 300.

Source : Structure, fonctionnement et évolution du marché international des nouvelles. Les agences de presse de 1835 à 1934, Jacques Wolf, Revue Economique, 1991, Volume 42, N°3, pp. 575-601 – AFP, Reuters, TASS, AP, sites consultés le 3 mai 2012